05 juillet 2026

Préserver sa mémoire après 60 ans : et si notre cerveau pouvait encore s'adapter ?


Beaucoup de personnes pensent qu'il est normal de perdre progressivement sa mémoire ou sa capacité de concentration avec l'âge. Oublier un prénom, chercher ses mots ou avoir besoin de plus de temps pour apprendre quelque chose de nouveau est souvent considéré comme une fatalité.

Pourtant, les connaissances actuelles en neurosciences apportent un message plus nuancé et encourageant.

Le neuroscientifique Tommy Wood rappelle notamment que le cerveau adulte n'est pas un organe figé. Tout au long de la vie, il conserve une capacité d'adaptation appelée plasticité cérébrale.

Autrement dit, notre cerveau continue à se modifier en fonction de ce que nous lui demandons de faire.

Le cerveau continue-t-il à s'adapter avec l'âge ?

Pour illustrer cette idée, Tommy Wood évoque souvent une expérience réalisée chez des chouettes adultes.

Placées dans un environnement pauvre en stimulations, elles semblaient perdre une partie de leur capacité d'adaptation. En revanche, lorsqu'elles retrouvaient un environnement plus riche, avec d'autres chouettes et des proies vivantes à chasser, cette capacité réapparaissait.

Cette étude, menée chez l'animal, illustre une idée importante : un cerveau confronté à des défis, à des apprentissages et à un environnement stimulant conserve davantage sa capacité d'adaptation qu'un cerveau peu sollicité.

Chez l'être humain, nos habitudes deviennent parfois plus routinières avec les années. Nous empruntons les mêmes trajets, pratiquons les mêmes activités et nous nous confrontons moins souvent à la nouveauté.

Notre cerveau reçoit alors moins d'occasions d'apprendre, de créer de nouvelles connexions et de s'adapter.

Varier ses activités physiques

Bouger pour mieux préserver son cerveau

Parmi les nombreux facteurs étudiés, l'activité physique occupe une place essentielle.

De nombreuses études montrent qu'elle est associée à une meilleure santé cardiovasculaire, à un sommeil de meilleure qualité, à une meilleure humeur et à une meilleure santé cérébrale.

Lorsque nous bougeons, notre cerveau bénéficie d'un meilleur apport en oxygène et en nutriments grâce à une amélioration de la circulation sanguine. L'activité physique stimule également des mécanismes impliqués dans la plasticité cérébrale, c'est-à-dire la capacité du cerveau à créer et renforcer ses connexions.

Certaines études menées chez des personnes de plus de 60 ans suggèrent même qu'une activité physique régulière pourrait contribuer à préserver, voire à augmenter, le volume de l'hippocampe, une région du cerveau essentielle à la mémoire.

La bonne nouvelle est qu'il n'est pas nécessaire de pratiquer une activité sportive intense pour en retirer des bénéfices. Une activité régulière, adaptée à ses capacités et suffisamment stimulante semble déjà favorable à la santé cérébrale.

Préserver sa mémoire après 60 ans

La mémoire ne dépend pas uniquement de la mémoire

Lorsque l'on souhaite préserver ses capacités cognitives, on pense souvent aux mots croisés, aux sudokus ou aux jeux de mémoire.

Ces activités peuvent être intéressantes, mais elles ne représentent qu'une partie de l'équation.

Le cerveau est influencé par un ensemble de facteurs qui interagissent entre eux :

l'activité physique ;
le sommeil ;
les interactions sociales ;
les apprentissages ;
les défis du quotidien ;
la curiosité.
Les chercheurs parlent parfois de réserve cognitive pour désigner la capacité du cerveau à mieux faire face aux effets du vieillissement grâce aux expériences accumulées tout au long de la vie.

La question n'est donc pas seulement :

« Comment entraîner ma mémoire ? »

Mais aussi :

« Comment continuer à stimuler mon cerveau au quotidien ? »

Il n'est jamais trop tard pour agir

Le vieillissement du cerveau est un phénomène naturel, mais il ne signifie pas que notre capacité à apprendre disparaît.

À tout âge, apprendre une nouvelle activité, marcher régulièrement, découvrir un nouvel environnement, entretenir des relations sociales ou sortir de sa routine sont autant d'occasions de solliciter son cerveau.

L'objectif n'est pas de retrouver le cerveau de ses 20 ans, mais de lui offrir les meilleures conditions pour continuer à fonctionner le plus longtemps possible.

Préserver sa mémoire ne repose pas sur une solution miracle. C'est l'association de nombreuses habitudes de vie qui, mises en place progressivement et entretenues dans le temps, contribuent à préserver notre santé cérébrale.

Finalement, le cerveau ressemble beaucoup aux muscles : plus il est régulièrement sollicité, plus il conserve sa capacité à s'adapter.

Pour aller plus loin

Les informations présentées dans cet article s'appuient notamment sur les travaux et publications scientifiques suivants :

Erickson KI, Voss MW, Prakash RS, et al. Exercise training increases size of hippocampus and improves memory.Proceedings of the National Academy of Sciences. 2011;108(7):3017-3022.
Cotman CW, Berchtold NC. Exercise: a behavioral intervention to enhance brain health and plasticity. Trends in Neurosciences. 2002;25(6):295-301.
Hillman CH, Erickson KI, Kramer AF. Be smart, exercise your heart: exercise effects on brain and cognition.Nature Reviews Neuroscience. 2008;9(1):58-65.
Voss MW, Vivar C, Kramer AF, van Praag H. Bridging animal and human models of exercise-induced brain plasticity. Trends in Cognitive Sciences. 2013;17(10):525-544.
Quigley A, MacKay-Lyons M, Eskes G. Effects of Exercise on Cognitive Performance in Older Adults: A Narrative Review of the Evidence, Possible Biological Mechanisms and Recommendations for Exercise Prescription. Brain Sciences. 2020;10(11):859.

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