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Vous savez qu’il faudrait bouger davantage.
Vous avez même peut-être envie de reprendre la marche, le vélo, la randonnée, le sport ou quelques exercices de renforcement.
Mais une petite phrase revient :
« Avec mon genou, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. »
Ou :
« Depuis mon mal de dos, j’évite certains mouvements. »
Ou tout simplement :
« J’ai peur de me faire mal. »
Cette hésitation est loin d’être anodine.
Une étude suédoise menée auprès de plus de 1 100 personnes âgées suggère que, lorsqu’une douleur chronique est présente, la peur du mouvement peut jouer un rôle important dans le niveau d’activité physique un an plus tard, au-delà des seules caractéristiques de la douleur.
Et cela change un peu la manière d’envisager la reprise d’une activité physique après 60 ans.
Les chercheurs ont suivi 1 141 personnes âgées de 65 à 103 ans.
Parmi elles, 433 déclaraient une douleur chronique, définie comme une douleur présente depuis plus de trois mois.
Les personnes souffrant de douleur chronique étaient moins souvent suffisamment actives que celles ne déclarant pas de douleur chronique.
Mais les chercheurs ont voulu aller plus loin.
Chez les participants douloureux, ils ont étudié différents facteurs susceptibles d’expliquer leur niveau d’activité physique douze mois plus tard : l’âge, les caractéristiques de la douleur, leur niveau d’activité initial… mais également leur kinésiophobie.
Ce terme un peu technique désigne une peur excessive du mouvement ou d’une nouvelle blessure liée à la douleur.
Le résultat est intéressant : une peur du mouvement moins importante faisait partie des facteurs associés à une activité physique plus élevée un an plus tard.
Les auteurs considèrent que les croyances de peur-évitement semblent jouer un rôle important dans la prédiction de l’activité physique future, davantage que certaines caractéristiques de la douleur elle-même.
Cette étude étant observationnelle, elle montre une association et des facteurs prédictifs : elle ne permet pas d’affirmer que diminuer la peur du mouvement suffirait, à elle seule, à rendre une personne plus active.
Elle nous invite cependant à regarder la douleur autrement.
Ce que nous pensons pouvoir faire avec notre corps peut progressivement devenir aussi important que ce que notre corps est effectivement capable de faire.
Imaginons une personne qui a eu mal au genou en descendant un escalier.
Quelques jours plus tard, elle évite les escaliers.
Puis elle réduit ses promenades « pour ne pas trop solliciter le genou ».
Elle refuse ensuite une randonnée qu’elle aurait volontiers faite auparavant.
Quelques mois passent.
Elle marche moins, ses jambes travaillent moins, elle se sent moins sûre lorsqu’elle se relève d’un fauteuil et l’escalier devient effectivement plus difficile.
À ce stade, une question devient difficile à résoudre seule :
« Est-ce mon genou qui m’empêche réellement de faire certaines choses ou est-ce que je ne les fais plus parce que je crains qu’il m’en empêche ? »
Et bien souvent, les deux sont un peu mêlés.
C’est là que conseiller simplement de « reprendre le sport » peut montrer ses limites.
C’est probablement l’une des questions les plus intéressantes lorsqu’on souhaite reprendre une activité physique après 60 ans.
Une douleur peut nécessiter une adaptation.
Une arthrose ou une limitation articulaire peut conduire à modifier certains mouvements.
Une maladie chronique peut nécessiter certaines précautions.
Mais il arrive également qu’une personne dispose de davantage de capacités qu’elle ne le pense.
Le problème n’est alors pas de la convaincre qu’elle peut « tout faire ».
Il est de déterminer ce qu’elle peut réellement faire aujourd’hui.
Se relever plusieurs fois d’une chaise ? Monter une marche ? Marcher dix, vingt ou trente minutes ? Porter une charge ? S’accroupir ? Tenir quelques secondes sur un pied ?
Ce sont parfois des choses très simples.
Mais les réaliser dans un cadre adapté peut permettre de remplacer progressivement une impression — « je ne peux plus » — par une information beaucoup plus concrète :
« Cela, je peux encore le faire. »
Et parfois :
« Cela, je peux le faire, mais autrement. »
Le métier de masseur-kinésithérapeute ne consiste pas uniquement à faire réaliser des exercices.
En tant que professionnel de santé, le kinésithérapeute est formé à évaluer le mouvement, les capacités fonctionnelles et les limitations d’une personne en tenant compte de son état de santé.
Lorsqu’une personne souhaite reprendre une activité physique après plusieurs années d’arrêt, avec une arthrose, un antécédent de blessure, une maladie chronique ou simplement une appréhension importante, cette évaluation permet de poser des questions très concrètes :
Qu’est-ce qui limite réellement le mouvement ?
Est-ce la douleur ? Le manque de force ? Le manque d’endurance ? L’équilibre ? Une limitation articulaire ? Ou la peur de provoquer une douleur que l’on préfère éviter ?
La réponse n’est pas nécessairement la même d’une personne à l’autre.
C’est précisément pourquoi un programme identique pour tout le monde trouve parfois ses limites.
Bien au contraire.
Le but d’une évaluation n’est pas de médicaliser toutes les activités physiques.
Une personne qui peut reprendre une randonnée, rejoindre un club de gymnastique, retourner à la piscine, pédaler ou pratiquer avec un professionnel du sport doit pouvoir le faire.
Le rôle du kinésithérapeute peut notamment se situer en amont, lorsqu’il existe encore un doute :
Est-ce que je peux faire cela ?
Comment reprendre ?
Faut-il adapter certains mouvements ?
Cette douleur doit-elle vraiment m’empêcher de bouger ?
Une fois ces questions éclaircies, le meilleur programme est souvent celui que la personne aura envie de poursuivre durablement.
On parle beaucoup de recommandations : davantage d’activité physique, du renforcement musculaire, plus de marche, moins de sédentarité…
Ces repères sont importants.
Mais chez quelqu’un qui n’ose plus bouger, commencer par lui donner davantage d’objectifs n’est pas toujours la première étape.
Il faut parfois commencer ailleurs :
Retrouver suffisamment de confiance dans son corps pour recommencer à l’utiliser.
C’est l’un des enseignements intéressants que l’on peut tirer de l’étude de Larsson et de ses collaborateurs.
Chez les personnes âgées souffrant de douleur chronique, comprendre l’inactivité suppose de ne pas regarder uniquement où elles ont mal, mais également ce qu’elles n’osent plus faire à cause de cette douleur.
Pour reprendre une activité physique durablement, cette différence peut être essentielle.
Larsson C, Ekvall Hansson E, Sundquist K, Jakobsson U. Impact of pain characteristics and fear-avoidance beliefs on physical activity levels among older adults with chronic pain: a population-based, longitudinal study. BMC Geriatrics. 2016;16:50. doi:10.1186/s12877-016-0224-3.